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LaSemo, le festival incubateur d’énergies positives

12 Juil , 2018   Gallery

Au cœur du parc naturel d’Enghien s’est déroulé le festival Lasemo, un week-end de festivités du 6 au 8 juillet 2018. Depuis 2013, l’ASBL investit cet écrin de verdure pour proposer un événement multi-générationnel, musical et festif. Arts de rue, animations jeunes publics et concerts se sont succédés, célébrant le vivre ensemble et la diversité des cultures.

Pleinement écologique, l’organisation s’est synchronisée avec ses fournisseurs pour maximiser l’usage de vaisselles biodégradables et de gobelets réutilisables. Rares furent les déchets retrouvés par terre. Connivence entre la politique du festival et le respect des festivaliers ? Une chose est sûre, la propreté du site était étonnamment irréprochable. Et c’est souvent un challenge pour ce type d’événement.

Une économie solidaire valorisée

Les partenaires présents ont été directement ciblés pour respecter le principe du zéro déchet d’une part, et d’autre part du circuit-court. Les producteurs locaux ont tous été mis à l’honneur au niveau de la restauration à la Caravane des Saveurs. Cet espace se composait de foodtrucks en tout genre (bar à fruits, café et thé, pita, mexicain, hot-dogs, burgers gourmets, etc) disposés en arc de cercle autour de petites tablées construites de façon artistiques et ornées de multitudes de parapluies colorés. L’un des stands de burgers s’est distingué dans son projet social.

François, l’un des fondateurs, présente ainsi les « remorcoeurs » comme étant un foodtruck itinérant ayant pour finalité la création d’une fédération de fermes. A long terme, on cherche à fédérer des fermes car une grande partie est en train de couler. Le potentiel en termes de fermes, de surfaces et de personnes qui ont déjà tout, est là. Le deal qu’on aimerait passer avec ces gens-là c’est de s’accorder sur une opération de sauvetage qui consisterait en des commandes. L’association a un besoin conséquent en débit de légumes. Pour Lasemo, 100 kg par légumes différents ont été nécessaires pour des recettes pré-établies. Depuis janvier 2018, l’association s’est installé à Etterbeek à la suite de leur embauche en tant que restaurateur au café-théâtre « Le Petit Chaperon Rouge», pérennisant ainsi leur rentrée d’argent. D’ici deux ans, les remorcoeurs souhaiteraient pouvoir subsidier un poste dans chacune des fermes partenaires, permettant ainsi la réinsertion professionnelle de personnes en difficulté.

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Autre valorisation, celle des artisans. Des confectionneurs d’accessoires multiples proposaient des foulards pour la tête, des bijoux faits-main, des sacs réutilisables, et notamment des tadashi, proposé par l’association Zéro Pointé. Marie et Anne-Claire, deux anciennes camarades de Rugby se sont trouvées un attrait mutuel pour la couture. Un an et demi plus tard, leurs confections progressent en fonction des dons qu’elles reçoivent, essentiellement issus de la récup’. Aujourd’hui, seule leur page Facebook donne la possibilité de se procurer lingettes démaquillantes et autres matériaux zéro déchet. Marie a été visiter le centre de triage de Terre et nous aimerions développer un partenariat avec des centres de collecte. Mais ils ont déjà énormément de travail. En attendant, nous organisons des stands, comme à Lasemo.

Des activités intergénérationnelles et beaucoup de bienveillance

Dans un contexte de quart de finale le vendredi 6 juillet, ou encore d’excès typiques aux festivals, à aucun moment le fait qu’adultes côtoient des tout-petits n’a créé de malaise. Lors des concerts, tous les âges dansaient ensemble et dieu que c’était beau ! Le dimanche vers 17 heures, les trois musiciens des « Compagnon du Temps » se sont produits lors d’un concert intimiste et plein d’humanité devant des bout de choux plus ou moins éveillés (c’était clairement l’heure de la sieste.) L’alcoolisme, le racisme, et l’ouverture sur les autres cultures ont été autant de thématiques qu’ils ont su aborder avec pédagogie et poésie dans l’espace qu’était le pays des merveilles, un endroit où les verres de bières étaient proscrits.

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A l’unanimité, l’atmosphère générale a été l’aimant rassembleur de Lasemo. Les quelques échos entendues et sourires béats rencontrés me contaient que beaucoup de concerts étaient des découvertes, à l’instar du reste. Et ces personnes n’en dansaient pas moins. Chacune des prestations a été saluée par tous, le public variant selon les sensibilités musicales. Chaque seconde demi-journée étaient divisées en trois temps. Après mangé, c’était le temps des contes, des déambulations. Les familles flânaient entre l’Amusoir, installé par la ludothèque d’Enghien et le Forum où Amnesty, le collectif belgo palestinien et autres causes échangeaient autour de valeurs communes. Vers 16/17h, la musique prenait le dessus à la scène de la Tour, littéralement. Ainsi, folk, cumbia, chanson française, électro swing ont suscité une liesse irrésistible. Puis le soir, les artistes plus connus prenaient les rennes.

Ils n’ont pas tellement transcendé la programmation, à mon humble avis. Parmi les trois cachets salés (incluant Matmatah et Cœur de pirate), une  mention spéciale se doit tout de même d’être faite aux Dub Inc, qui ont prolongés l’esprit de l’après-midi en se faisant porte-parole de la mixité des origines dont nous sommes tous issu.e.s, appelant ainsi à la solidarité. Chaleur, réconfort et soutien, leur concert reggae.ska.dub  a été une bouffée de joie et d’espoir pour boucler le festival. De la même manière, les musiciens d’El Gato Negro se sont fait ambassadeurs de l’engagement d’Amnesty et de sa campagne #JeSuisHumain pour rappeler que des réfugiés sont toujours malmenés par les politiques migratoires européennes, celles-ci bafouant leurs histoires, leurs compétences, leur humanité. Leur délicieuse cumbia des 4 coins de l’Amérique latine a parlé aux cœurs des spectateurs, offrant l’un des concerts les plus festifs et émouvant. Ce laps de temps précis, situé en fin d’après-midi étaient le meilleur selon moi, notamment à l’occasion des prestations des Rois de la Suède et des wallons de Swing That Bird qui ont su attirer et enthousiasmer un public tiraillé le vendredi du match Belgique/Brésil, Rotterdam Ska Jazz Foundation, la Fanfare Toi Même et sa superbe reprise de « Little Talk » des Off Monsters And Men le samedi. Ozark Henry, un flamand reconnu originaire de Courtrai, a quant à lui été une belle découverte, prestant un live d’un très grand professionnalisme. Thom Yorke, U2, parfois Coldplay, sa musique est une savante concoction de ces influences rock. A découvrir.

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Vas-nus-pieds, esprits libérés, enfants éveillés et parents conscientisés, penchez-vous sur la prochaine édition de Lasemo, qui vous donne d’ores-et-déjà rendez-vous du 11 au 14 juillet 2019, à Enghien, en Belgique (le pays de la fête.)

Les choses potentielles à revoir :

  • L’absence de plan affiché dans le site rend mystérieux certains espaces du festival pour les personnes n’étant pas familière au parc d’Enghien ou à LaSemo ;
  • Les piétons ont déploré l’absence de signalétique guidant vers l’accès principal du site.

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