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Sonic City Festival > L’expérience de 2016

30 Déc , 2016  

Au mois de novembre s’est déroulé l’un des festivals underground les plus qualitatifs de Belgique. Depuis 9 ans, la salle de concert De Kreun organise le Sonic City Festival, un événement qui a le vent en poupe. Fort de la réputation béton que les organisateurs se bâtissent ainsi que de la confiance que leur accorde leur public (venu de divers horizons), De Kreun marque l’univers live par le fait qu’ils ont trouvé la meilleure manière de créer un festival pertinent de bout en bout : en employant le concept de la curation.

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La curation ? 

Ce concept vise à choisir un curateur, c’est-à-dire une tête d’affiche à qui l’on donne l’opportunité d’élaborer le line up selon ses goûts, sa vision de la musique et ce qu’il a envie de faire découvrir au public. Cette année, le choix du festival s’est porté sur Savages. Un décision excellente car, selon nous, ces 4 post-punkeuses ont permis aux festivaliers de découvrir des musiciens avec des sensibilités totalement azimutées. Tous étaient porteurs d’un message à travers des prestations toutes plus singulières les unes que les autres.

Des artistes, des vrais.

Kate Tempest a délivré dans cette optique, un live d’une sincérité des plus poignantes, déclamant ses textes avec une verve incisive. « Europe Is Lost » disait-elle, nous apostrophant sur les dérives de notre société et sur bien d’autres sujets compromettants liés à la nature humaine.

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Bien que le choix des groupes ait été éclectique, on a ressenti la patte, l’essence de Savages dans la trame de tous ces concerts. Cela a été brillamment choisi et il n’y eut aucune fausse note. D’ailleurs, l’un des avantages de l’agencement de cet événement est que l’on voit tous les concerts les uns après les autres, il n’est pas possible de sélectionner car il n’existe qu’une scène. Quelle meilleure manière de pousser les gens à la découverte et attiser la curiosité ? Peu importe que nous passions du shoegaze au hip hop ou encore de la folk à la dark wave, la qualité était là et cela a été assez prenant pour que le public y adhère systématiquement.

Samedi 12

Si un vous deviez découvrir quelque chose de réellement hallucinant dans l’aspect auditif, ce serait Inga Copeland. Ce petit bout de femme était seul derrière une table de mixage. Entre superposition d’enregistrements psychédéliques et autres rythmiques un chouïa dissonantes, elle lâchait des phrasés inaudibles.

La musique d’Inga était continue grâce à une bassline qui enveloppait la foule dans une bulle infernale. On y entendait presque des cris, mais pas si distinctement puisque tout n’était qu’instrumental. Très déroutant. Il suffisait de passer au niveau du balcon pour en saisir la teneur, nous nous serions crus dans une boite de nuit dont l’activité ne s’arrête jamais…

Les canadiens de SUUNS sont souvent revenus dans les préférences des festivaliers interrogés. Le jeu de ces musiciens, à la musique très introspective, prend toute son importance lorsque leur son se répercute dans toute la salle, au naturel, en improvisation. Partant d’un post rock progressif très sombre, la batterie menait le set d’une poigne de chef d’orchestre, accompagnée d’un synthé qui électrisait et intensifiait la chose. Cet effet était amplifié sur la scène qui était plongée dans une semi-obscurité parsemée de jeux de lumière.

Dimanche 13

Cette seconde et dernière journée fut particulièrement sensorielle. Les Wrangler, dans un premier temps, ont façonné un genre de moment où l’individu se perd dans une sorte de frénésie, où les sonorités industrielles de leur musique électronique prennent le dessus. L’atmosphère était moite, le son était tellement robotique que nous nous y serions perdus.

Dans une perception bien plus spectrale et obscure, Demdike Stare, a plongé De Kreun dans une torpeur démentielle. Les deux Allemands incarnant ce groupe sont des collectionneurs de vinyles en tout genre. Leur lubie est d’en extraire les bruitages et bruits d’ambiance pour composer des sons électroniques introspectifs. Puissant. D’autant plus lorsque, sortie de nulle part, la voix de Jehnny Beth a retenti dans un remix totalement inattendu.  Bien que leur set n’ait duré que 40 minutes, ce fut particulièrement délirant.

Puis vint les Savages. Les mystérieuses curatrices que nous avions tous croisées furtivement tout le weekend. Acclamées, remerciées en hurlement, en headbang, et systématiquement reprise en chœur. Leur venue a été mille fois honorée. Et sans aucune faute note, Jehnny Beth a mené le concert d’une main de maître. Pour la dernière date de la tournée de « Adore« , l’énergie était bien présente même si la courte durée du set était à déplorer tant le moment était puissamment bon.

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TIM Photos – http://savagesband.tumblr.com

Malgré cela, la frustration à la sortie du festival a été relative. L’adrénaline a eu beau accélérer leur prestation déjà si brève, l’empreinte des Savages s’est tout de même énormément ressentie tout au long du festival… Et c’est ce qui nous a permis de repartir avec une mine béate sur le visage et finalement, de se rendre compte de la chance folle d’avoir pu assister à une manifestation aussi singulière et qualitative.

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